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Par Union.fr
kiki_montparnasse bd femme histoire

Le monde de la bande dessinée est en pleine féminisation !

Par | 14 janvier 2023

« Les femmes ont-elles une histoire ? » posait l’historienne française Michelle Perrot en 1973, Ă  l’universitĂ© de Paris VII (Jussieu). NĂ©e en 1928, cette professeure Ă©mĂ©rite fait figure de pionnière dans la dĂ©mocratisation de personnages historiques fĂ©minins et dans les combats sociĂ©taux fĂ©ministes, de façon plus gĂ©nĂ©rale. Elle insiste dans une tribune parue dans Le Monde en 2018 :  « l’histoire demeure une science largement virile, dans son exercice comme dans son contenu ».

Et pourtant, depuis un siècle, de plus en plus de figures historiques féminines émergent dans la culture populaire et dans les livres d’histoire. Et la bande-dessinée n’y est pas pour rien…

La bande dessinée, l’arme pour sortir les femmes de l’oubli et de l’invisible

« Le genre autobiographique s’Ă©tait bien dĂ©veloppĂ© dans les annĂ©es 90 mais rares Ă©taient les auteurs et les autrices qui prenaient l’Histoire Ă  bras le corps. Marjane Satrapi, en racontant l’histoire de la rĂ©volution, de la guerre, puis de la vie après la guerre et sous une dictature, et grâce Ă  son point de vue d’enfant et d’adolescente, rend finalement compte d’un rĂ©cit assez universel. »   DĂ©crypte Irène Laroy Ladurie au micro de France Culture (Persepolis, rĂ©cit d’enfance et rĂ©volution islamique, 2021). Un moyen d’ancrer l’œuvre « Persepolis » (ed. L’association) en 2000 comme le fer de lance d’un mouvement plus profond : celui de la bande dessinĂ©e militante et fĂ©ministe (et de la mode du roman graphique).

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Grace au succès de l’ouvrage bande-dessinée (vendu à près de soixante mille exemplaires au moment de la sortie), devenu un film d’animation primé aux Césras et aux Oscars sept ans plus tard, cette artiste franco-iranienne donne une couleur politique à la bande dessinée qui sort du seul terrain du divertissement, en particulier du divertissement masculin. Elle autorise.

De plus en plus de dessinatrices s’emparent de leurs crayons de couleurs pour dresser une série de portraits de femmes qui ont fait l’histoire, oubliées des récits nationaux à travers leurs livres : Kiki de Montparnasse (2007) de Muller et Bocquet, l’ascension d’une femme artiste sensuelle à Paris, Rose Valland : Capitaine aux Beaux-Arts (2009) de Bouilhac, Catel et Volac (ed Dupuis), le récit d’une résistante à l’origine du sauvetage de plus de la moitié du patrimoine culturel juif en 1945 ou encore L’Insoumise (2013) de Montellier et Jauber, l’histoire de Christine Brisset qui reloge des milliers de sans-abris au sortir de la seconde guerre mondiale.

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En 2011, alors d’un entretien pour sa sĂ©rie de bandes dessinĂ©es « En chemin, elle rencontre… » qui dĂ©nonce les violences faites aux femmes, Marie Moinard, dessinatrice engagĂ©e, explicite l’importance de la bande dessinĂ©e pour sensibiliser aux causes fĂ©ministes : «C’est l’art de l’ellipse, qui caractĂ©rise la bande dessinĂ©e, qui va permettre Ă  tous les lecteurs de lire avec sa sensibilitĂ©, avec sa capacitĂ© Ă  entendre vite ou pas les choses un peu difficiles, qui va laisser libre court Ă  l’imaginaire de chacun tout en montrant le chemin Ă  suivre. C’est pour ça qu’on peut tout dire ».

Elle sortira en 2019, Les Découvreuses, une bande dessinée qui met en lumière le destin de 20 femmes pour la science, creusant ainsi un peu plus le sillon de l’héritage de Pénélope Bagieu (elle-même inspirée du travail de Marjane Satrapi et du roman graphique) dans la vulgarisation de l’histoire de femmes impactantes.

Car c’est bien en 2016 que Penolope Bagieu fait elle aussi date en France, et dans l’histoire du fĂ©minisme français. Le succès de CulottĂ©es, quinze portraits de femmes qui ont inventĂ© leur destin, est retentissant. Traduits en 20 langues et couronnĂ©s d’un Eisner Award dans la catĂ©gorie Ă©dition amĂ©ricaine d’une Ĺ“uvre internationale en 2019 (le prix amĂ©ricain le plus prestigieux en matière de bande dessinĂ©es), il porte la voix des femmes au-delĂ  des frontières nationales. Les deux volumes de CulottĂ©es sont mĂŞme adaptĂ©s en version animĂ©e par France TV. Difficile d’ignorer alors l’impact rĂ©el des BD sur la transmission de l’histoire avec un grand H et des femmes badass qui y sont mises en lumière.

culotee bagieu bd

Véritable phénomène de mode, Camille Van Belle sort en 2022« Les Oubliés de la Science », une idée issue de sa rubrique dessinée « Trou de mémoire » dans le magazine Sciences & Vie, un moyen de remettre les travaux au grand jour  de femmes scientifiques : « La rédaction Sciences et Vie Junior !voulait mettre en valeur les femmes scientifiques qui ont été trop souvent oubliées par sexisme dans l’Histoire, malgré leurs découvertes fondamentales (comme la structure de l’ADN, la fission nucléaire, etc). » explique-t-elle au sein du magazine.

Bref, ressortir les femmes qui ont marqué leur temps devient non seulement un sujet pour le récit historique, mais aussi un sujet qui intéresse les lecteurs (et lectrices !) qui s’identifient alors de plus en plus à leurs héroïnes. Mais qui sont-elles ?

Les femmes oubliĂ©es de l’histoire, des femmes de caractère avant tout !

Loin des Pénélopes qui attendent lascivement leur mari en leur jurant fidélité, les héroïnes de l’histoire avec un grand H déplaisent à la société. Elles ont souvent pour point commun de briser les carcans et les stéréotypes qui les enferment. Penelope Bagieu explique sa vision du tronc commun des héroïnes de Culottées pour Age-BD.com : « Dans toutes les histoires de « Culottées », on voit que ce ne sont ni les plus fortes physiquement ni les plus belles ni les plus brillantes intellectuellement qui sortent du lot, mais celles qui ont su utiliser ce qu’elles avaient en stock pour finir par arriver là où elles voulaient aller. J’aime cette façon de trouver des chemins de traverse. »  

Qu’il s’agisse de la Grèce Antique ou du monde contemporain, ce sont les astuces et les plans B qui ont fait les succès des femmes qui ont marqué l’histoire. Quoi qu’on pense de leur beauté et de leur plastique, souvent valorisé par la société.

Même son de cloche sur le blog toursetculture.com, à propos de la bande-dessinée Les Découvreuses (Marie Moinard, éditions 21g, 2019) qui fait la part belle aux femmes du monde qui ont fait avancer la science : « Il est assez effrayant de constater tant de similitudes, d’un destin à l’autre, d’un pays à l’autre (de la Chine au Niger, de la France aux USA), d’une époque à l’autre. Des empêchements multiples, des hommes s’appropriant leurs découvertes, mais aussi une soif de savoir, une force énorme pour avancer et faire avancer la recherche. »

On pourrait même superposer et confondre, toute proportion gardée, le travail des dessinatrices et celles de leurs héroïnes. Penelope Bagieu, autrice des Culottées, l’affirme : « Il y a quelque chose dans chacune de ces femmes qui me parle et dans lequel je me retrouve. Et je pense que quiconque écrit des histoires se sent une affinité avec son sujet et parle de soi de manière plus ou moins déguisée. »

Les dessinatrices contemporaines, les héroïnes discrètes de la révolution féministe de l’Histoire française et du récit national. Et pourquoi pas ?

Article Ă  retrouver dans Blandice : les filles Badass

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