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Par Union.fr
vilaines filles prostitution verduzier

C’est quoi notre problème avec la prostitution en France ?

Par | 9 décembre 2020

A l’occasion de la sortie de « Vilaines filles » (ed. Anne Carrière) de l’auteure et journaliste Pauline Verduzier, une enquĂŞte sur les travailleuses* du sexe en France et Ă  l’Ă©tranger, nous avons voulu en savoir plus sur ce qui nous dĂ©rangeait sur l’exercice de ce mĂ©tier dans l’hexagone.

La prostitution ne rentre dans aucune case professionnelle

Si en Suisse ou en Belgique, le cadre juridique dĂ©limite et norme la façon de pratiquer le travail sexuel, la France ne permet par l’exercice serein de la prostitution : les clients risquent une lourde amende en cas de contrĂ´le, la dĂ©claration de revenus est bancale, et tout accompagnement dans la profession (logement, crĂ©ation de site internet, etc.) peut-ĂŞtre perçu comme du proxĂ©nĂ©tisme. C’est ce qu’on appelle le nĂ©o-abolitionnisme. Comme le dĂ©plore Pauline Verduzier, cette absence de reconnaissance lĂ©gale et sociale a de lourdes consĂ©quences sur la sĂ©curitĂ© des travailleuses du sexe : « En France, et en particulier durant la crise sanitaire, les prostituĂ©es s’exposent Ă  des nĂ©gociations au rabais de leurs pratiques sexuelles ou Ă  des violences de la part de la clientèle… et il est très difficile pour elles d’imposer leurs conditions. En Suisse, par exemple, oĂą la lĂ©gislation autorise la prostitution, le rapport avec la police est plus simple. Les travailleuses du sexe se sentent plus lĂ©gitime Ă  dĂ©poser plainte ou Ă  revendiquer leurs droits.« 

Un rapport de force entre le client et le travailleur mis Ă  mal, que l’auteure du livre explique notamment par les visages parfois stĂ©rĂ©otypĂ©s que l’on pose sur les travailleurs et travailleuses du sexe en France.

Escort ou esclave ?

« En France, on se reprĂ©sente, dans les grandes lignes, deux archĂ©types de la prostitution. Soit une figure très glamour, « l’escort de luxe » ou alors une esclave sexuelle, victime de la traite. Entre ces deux figures, la nuance n’existe pas et pourtant, il y a beaucoup d’autres rĂ©alitĂ©s. On a un regard binaire sur les travailleuses du sexe qui en fausse notre perception. » explique Pauline Verduzier.

Une lĂ©gislation française nĂ©o-abolitionniste qui pourrait donc, selon l’auteure, se faire l’Ă©cho d’une analyse simpliste et stĂ©rĂ©otypĂ©e, qui ne colle pas avec la rĂ©alitĂ© de terrain, en particulier de celle qu’elle a observĂ©e.

La France admet également cette singularité, celle de stigmatiser les travailleuses du sexe tout en acceptant de façon tacite les échanges économico-sexuels dans les processus de séduction entre les hommes et les femmes.

La galanterie à la française, le premier pas du travail sexuel ?

A travers son essai, Pauline Verduzier questionne Ă©galement les rapports Ă©conomico-sexuels consentis ou imposĂ©s qui ont jalonnĂ© son expĂ©rience de femme et qui ne sont pas assimilĂ©s Ă  de la prostitution. EntrĂ©e gratuite en boĂ®te de nuit contre quelques discussions, rencontres sur des applications sans lendemain sans que le sexe ne soit clairement Ă©voquĂ© comme l’objet de la rencontre… en France, l’ambiguĂŻtĂ© et les non-dits Ă©conomiques (« c’est Ă  l’homme d’offrir un verre ou le dĂ®ner ») et sexuels dans les rapports entre les hommes et les femmes sont parfois culturellement encouragĂ©s, rendant pĂ©rilleux l’imposition de ses « propres conditions » et de l’usage de la nĂ©gociation.

« Je dĂ©teste la dimension tacite, non dite et soi-disant Ă©rotique dans la relation hĂ©tĂ©rosexuelle. (…) Par orgueil, il prĂ©fère la satisfaction de baiser une jeune femme de dix ans de moins que lui contre un dĂ®ner et un Uber, pour, surtout, ne pas avoir Ă  « payer » du sexe pour de vrai.(…) Je me serai davantage sentie respectĂ©e en Ă©tant vraiment payĂ©e pour ce moment de corps-Ă -corps. » peut-on lire, en conclusion d’une anecdote personnelle, dans l’ouvrage.

Et si ce qui nous faisait peur, dans la prostitution, c’Ă©tait le pouvoir de nĂ©gociation de celle qui « se fait baiser » ?


*L’auteure a portĂ© ici son Ă©tude sur les femmes dans le travail du sexe, c’est pourquoi nous n’en parlerons dans l’article qu’au fĂ©minin, bien que l’exercice puisse concerner les hommes comme les femmes.

(Image Ă  la une : « Vilaines Filles » – Pauline Verduzier – Ă©ditions Anne Carrière – collection Sex Appeal)

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