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Par Union.fr

Parler de désir plutôt que de consentement, la (bonne) solution ?

Par | 7 mai 2021

« Il n’existe pas de consentement Ă©clairĂ© Â» : sans doute une des phrases qui nous marque le plus Ă  la lecture du dernier ouvrage de la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil. En rĂ©alitĂ©, nous ne savons jamais Ă  quoi nous consentons dans le cadre de la sexualitĂ©. Cette rĂ©flexion sur le consentement sexuel nous conduit Ă  interroger sa place et sa pertinence. Si Clotilde Leguil explore la notion du consentement et met en lumière ses ambiguĂŻtĂ©s; elle nous amène Ă©galement a opĂ©rer un dĂ©placement : ne faudrait-il pas parler de sexualitĂ© dĂ©sirĂ©e plutĂ´t que de sexualitĂ© consentie ? Et, dans cette perspective, de quel dĂ©sir parle-t-on ? 

Le dĂ©sir : c’est quoi ?

Si l’on souhaite faire du dĂ©sir le « nouveau consentement » et la base d’une sexualitĂ© qui serait respectueuse de soi et de l’autre, encore faut-il savoir de quel dĂ©sir il est question. Le dĂ©sir, tout le monde sait ce que c’est, ou du moins, pense savoir ce que c’est. Dès que nous nous posons la question « qu’est-ce que le dĂ©sir ? », nous sommes bien embĂŞtĂ©s et bizarrement nous ne savons plus trop Ă  quoi il se rĂ©fère : devons nous prendre le dĂ©sir comme un besoin ? Parlons nous uniquement de dĂ©sir sexuel ? Pourtant, tout dĂ©sir n’est pas de l’ordre de la sexualitĂ© et assimiler le dĂ©sir au besoin semble tout de mĂŞme un peu rĂ©ducteur. Explorons donc cette notion abstraite et ses diffĂ©rentes dĂ©finitions pour essayer de mettre le doigt sur la bonne conception du dĂ©sir. Ă€ savoir, une conception sur laquelle il serait souhaitable de fonder nos sexualitĂ©s

Le Larousse nous dit que le dĂ©sir, c’est l’action de dĂ©sirer (merci on n’aurait pas pu deviner), d’aspirer Ă  avoir, Ă  obtenir quelque chose. Au sens courant, le dĂ©sir, c’est aussi l’appĂ©tit, la pulsion sexuelle. Il est un « Ă©lan physique conscient qui pousse quelqu’un Ă  l’acte ou au plaisir sexuel Â», en d’autres termes, le dĂ©sir sexuel c’est la libido. Or, faire de la libido le remplacement du consentement ne parait pas ĂŞtre une idĂ©e des plus brillante. DĂ©jĂ , par ce qu’obĂ©ir Ă  sa seule libido n’amène pas Ă  prendre en compte son.sa partenaire, ensuite par ce qu’il parait difficile de savoir si l’autre ressent, rĂ©ellement, du dĂ©sir sexuel. Et finalement, mĂŞme si c’était le cas, souhaitons-nous vraiment construire nos sexualitĂ©s sur la pulsion ? La rĂ©ponse est non et nous allons laisser Clotilde Leguil nous expliquer pourquoi :  « La pulsion conduit Ă  ne plus tenir compte du consentement de l’autre, ou Ă  instrumentaliser ce consentement. »

Bon, notre cher Larousse nous ayant fait faux bond sur ce coup-lĂ , tournons nous du cotĂ© de nos amis les philosophes qui se sont posĂ© la question du dĂ©sir bien avant nous. Selon la conception philosophique, le dĂ©sir serait un souhait obsĂ©dant et impossible Ă  satisfaire portant sur la possession de quelque chose. Le dĂ©sir se dĂ©finit comme un manque et a toujours un objet. Le dictionnaire de philo nous apprend que l’objet dĂ©sirĂ© est une chose que l’individu souhaite possĂ©der, seules les choses que l’on peut possĂ©der peuvent ĂŞtre objets de dĂ©sir. Et lĂ , nous avons un souci : selon cette conception on ne peut pas dĂ©sirer quelqu’un sauf si on considère ce quelqu’un comme un objet que l’on possède. Nul besoin d’expliquer en quoi prendre son.sa partenaire pour un objet qui nous appartient semble très moyen sur le plan moral, Ă©thique et humain. On n’y est toujours pas. 

Continuons donc notre quĂŞte et mettons-nous Ă  table avec Le Banquet de Platon pour qui le dĂ©sir c’est le manque et l’incomplĂ©tude. En se rĂ©fĂ©rant au mythe de l’androgyne, le philosophe explique le dĂ©sir sexuel : nous serions des ĂŞtres incomplets qui cherchons notre moitiĂ©, nous voulons reconstituer une totalitĂ© avec l’autre.  Encore une fois, il semble compromis de fonder la sexualitĂ© sur cette conception du dĂ©sir, par ce que (breaking news) nous sommes des ĂŞtres humains Ă  part entière et rĂ©duire l’acte sexuel Ă  une fusion avec l’autre reviendrait Ă  nier nos individualitĂ©s respectives. 

Terminons par le très cĂ©lèbre Kant pour qui le dĂ©sir est toujours amoral car il ne vise que l’intĂ©rĂŞt personnel de celui qui dĂ©sire (donc si vous faites l’amour, ce n’est pas du tout pour du plaisir mutuel mais uniquement pour votre satisfaction personnelle, plutĂ´t sympa Mr Kant). Le dĂ©sir est Ă©goĂŻste et intĂ©ressĂ© et est toujours hors de la morale (du point de vue Kantien, seules les actions dĂ©sintĂ©ressĂ©es sont vĂ©ritablement morales). Difficile donc de prendre la conception Kantienne du dĂ©sir pour construire une sexualitĂ© ouverte Ă  l’autre et dans laquelle le plaisir est partagĂ©.  

Qu’est-ce que cela nous apprend, hormis le fait que les philosophes auraient peut-ĂŞtre du songer aux antis-dĂ©presseurs ? Eh bien, après ce petit tour rapide des diffĂ©rentes conceptions du dĂ©sir, nous savons au moins de quel dĂ©sir il n’est pas question si l’on veut en faire le « nouveau consentement Â». 

Le désir lacanien comme nouveau consentement ?

Mais alors comment faire du dĂ©sir la base d’une sexualitĂ© respectueuse, Ă  la fois de l’autre et de soi-mĂŞme ? Il s’agit de le concevoir autrement que comme un besoin, un manque, une pulsion, ou comme synonyme de libido. Dans son ouvrage CĂ©der n’est pas consentir, Clotilde Leguil reprend la perspective de Lacan sur le dĂ©sir. OpposĂ© Ă  la vision pas très joyeuse des philosophes, le psychanalyste le rĂ©habilite et lui donne une nouvelle valeur. Dans son sĂ©minaire l’Ethique de Psychanalyse, Jacques Lacan (1901-1981) formule l’impĂ©ratif de « ne pas cĂ©der sur son dĂ©sir Â», autrement dit, nous ne devrions jamais ignorer ou aller contre notre dĂ©sir. Pour comprendre cette formule et cette conception, penchons-nous d’abord sur ce que le dĂ©sir n’est pas. 

Le dĂ©sir lacanien se distingue de la pulsion qui dĂ©signe la « forme dynamique du besoin qui est presque instinctuelle (relatif Ă  l’instinct) qui commande et oriente l’activitĂ© (notamment sexuelle) de l’individu. Â» En d’autres termes, le dĂ©sir n’est pas tout ce dont nous avons envie, il n’est pas la tentation, ni la pulsion sexuelle. Le dĂ©sir lacanien n’est donc pas la libido. Si c’était le cas, la conception de Lacan nous inviterait Ă  ne jamais renoncer Ă  nos envies, y compris quand la satisfaction de ces envies (ou pulsions) amène Ă  jouir au dĂ©triment de son.sa partenaire.

Le dĂ©sir ne doit ainsi pas ĂŞtre confondu avec la pulsion, celle-ci nous conduisant Ă  ne pas tenir compte de l’autre et de son consentement. Comme le formule parfaitement Clotilde Leguil, « l’ode au dĂ©sir de Lacan n’est pas une invitation Ă  jouir sans entraves ». 

C’est bien beau de comprendre ce que le dĂ©sir n’est pas, mais que nous dit Lacan sur ce qu’il est ? Le dĂ©sir serait fondamental et caractĂ©riserait la nature humaine. Grâce au dĂ©sir, nous persĂ©vĂ©rons dans notre ĂŞtre. Autrement dit, le dĂ©sir c’est ce qui fait que nous avançons dans la vie et que nous cherchons Ă  nous amĂ©liorer en tant que personne. Le dĂ©sir c’est ce Ă  quoi nous aspirons le plus intimement. Lacan nous invite Ă  connaitre ce dĂ©sir qui nous constitue et Ă  vivre et faire nos choix selon lui. Plus facile Ă  dire qu’Ă  faire, cette entreprise n’est pas un chemin de tout repos, puisqu’il s’agit de ne pas cĂ©der Ă  ce qui lui fait obstacle (notamment aux pulsions). C’est ici que « ne pas cĂ©der sur son dĂ©sir Â» prend tout son sens : CĂ©der sur son dĂ©sir, c’est en fait cĂ©der Ă  la tentation. Quand on cède Ă  ses pulsions, quand on se range du cĂ´tĂ© de la « jouissance illimitĂ©e Â» et de la satisfaction de ses envies ou de ses besoins au dĂ©triment de l’autre, alors nous cĂ©dons sur notre dĂ©sir. 

CĂ©der sur son dĂ©sir, c’est aussi se trahir soi-mĂŞme et renoncer Ă  son dĂ©sir profond que l’on sacrifie pour le bien de l’autre. CĂ©der sur son dĂ©sir c’est ignorer la valeur de son dĂ©sir au profit d’autres nĂ©cessitĂ©s que l’on considère comme plus importantes. Exemple très parlant : votre partenaire souhaite faire l’amour avec vous ce soir. Vous n’avez au fond pas très envie d’une partie de jambe en l’air mais vous acceptez pour lui faire plaisir, ou pour avoir la paix. Et bien dans ce cas prĂ©cis, vous cĂ©der sur votre dĂ©sir. 

Cette conception lacanienne permettrait de faire du désir le fondement et le principe d’une sexualité dans laquelle nous respectons notre désir et celui de nos partenaires (sous conditions qu’eux.elles non plus ne cèdent pas sur leur désir). La prise en compte du désir de l’autre, et donc de ce qu’il est, et le respect de notre propre désir, compris comme ce que nous voulons au fond de nous-même, amènerait à vivre une sexualité ouverte à l’autre. Une sexualité non auto-centrée, une sexualité respectueuse de celles et ceux qui enivrent nos nuits et parfument nos draps. Enfin et surtout, une sexualité en accord avec ce que nous voulons et ce que nous sommes. 

Sources et Références :

Leguil, Clotilde. CĂ©der n’est pas consentir. Éditions Presses Universitaires de France. 2021.

Bonnefoy, Bruno. Kant- L’amoralitĂ© du dĂ©sir. Major Prepa. 14 Septembre 2019. URL : https://major-prepa.com/culture-generale/kant-amoralite-desir/:~:text=La%20thèse%20dĂ©fendue%20ici%20par%20Kant%20est%20donc,plaisir)%20du%20sujet%20dĂ©sirant.%20Le%20plan%20du%20texte

Petit, Philippe. Van Reeth, Adèle. Lacan : le désir dans tous ses états. France Culture. 12 Juillet 2013. URL : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/lacan-le-desir-dans-tous-ses-etats

Van Reeth, Adèle. Les paradoxes du désir : Lacan et la destinée du désir. France Culture. 17 Juillet 2015. URL : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/lacan-le-desir-dans-tous-ses-etats

Polacco, Michel. Le désir comme manque, une idée de Platon. France TV Info. 24 Juillet 2016. URL : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-sens-de-l-info/le-desir-comme-manque-une-idee-de-platon_1787011.html

Treffel, Romain. Le désir selon Platon. 1000 idées de culture générale. URL : https://1000-idees-de-culture-generale.fr/desir-platon/

Himéros ou la Philosophie du Désir. La-Philosophie (en ligne). URL : https://la-philosophie.com/la-philosophie-du-desir#Le_manque_a_etre_selon_Platon

Le désir en philosophie. La-Philosophie (en ligne). URL : https://la-philosophie.com/desir-definition

DĂ©sir. Dans Dicophilo – Dictionnaire de philosophie en ligne (en ligne). URL : https://dicophilo.fr/definition/desir/

Pulsion. Dans Dictionnaire des sciences humaines. Éditions Nathan. 1990

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