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Par Union.fr

Pourquoi le « consentement sexuel » pose (tant) de problèmes ?

Par | 3 mai 2021

Jeudi 29 Avril, l’avocat Juan Branco fait l’objet d’une enquĂŞte pour le viol d’une jeune femme de 20 ans ayant dĂ©posĂ© une main courante. Alors que l’avocat parle d’une relation respectueuse et consentie, l’accusatrice affirme avoir repoussĂ© ses premières avances puis Ă©voque sa peur qu’il ne devienne violent. Ce type d’affaires qui teintent aujourd’hui notre actualitĂ©, met en lumière l’enjeu et la complexitĂ© de la notion de consentement.

Dans son dernier ouvrage « CĂ©der n’est pas consentir », la psychanalyste et philosophe Clotilde Leguil s’inscrit dans cette actualitĂ© politique de la libĂ©ration de la parole des femmes victimes d’abus sexuels. Si le mouvement #metoo a permis de rĂ©vĂ©ler au monde entier une pratique d’appropriation du corps des femmes et met en avant l’absence de leur consentement, il ne questionne pas la notion mĂŞme de consentement. Comment le dĂ©finir ? Ou commence t-il et ou s’arrĂŞte t-il ? Clotilde Leguil interroge le consentement, explore cet univers opaque et ambigu pour tenter d’établir la frontière nĂ©cessaire entre le « consentir » et le « cĂ©der ». 

Si l’aphorisme « céder n’est pas consentir » semble de prime abord aller de soi, la réalité est beaucoup plus floue et complexe.  La psychanalyste part du témoignage de Vanessa Springora dans Le Consentement pour mettre en lumière le caractère ambigu de ce qu’est « consentir ». 

Dans une Ă©mission de France Culture, elle nous rappelle la situation dans laquelle Vanessa Springora, alors âgĂ©e de 14 ans s’est retrouvĂ©e, Ă  savoir dans une relation amoureuse complexe, son professeur Gabriel Matzneff dĂ©tenait un ascendant sur la jeune adolescente et avait une emprise sur son Ă©tudiante. Elle Ă©tait consentante mais ne savais pas Ă  quoi elle consentait Ă  ce moment prĂ©cis :  « Ce Ă  quoi elle a consenti n’est pas ce Ă  quoi elle a cĂ©dĂ©. » dĂ©clare Clotilde Leguil qui montre qu’une expĂ©rience amoureuse peut conduire Ă  de « folles concessions ». « CĂ©der n’est pas consentir » n’est ainsi pas seulement une leçon de morale adressĂ©e aux personnes coupables d’abus sexuels. Il questionne Ă©galement notre consentement et comment nous l’envisageons et le dĂ©finissons. Il remet en perspective les fois oĂą nous avons consentis, cet aphorisme nous invite Ă  nous questionner nous mĂŞme : ai-je cĂ©dĂ© ou ai-je consentis ? Qu’est ce que le consentement ? A quoi consent-on lorsque que l’on consent ?

Exploration : Sur les traces du consentement 

Avant d’être sexuel, le consentement est une notion plus gĂ©nĂ©rale, qui trouve son application dans le champ de la politique, du droit ou de la mĂ©decine. Un petit point lexical et un bref tour d’horizon de ses dĂ©finitions s’impose. 

Les penseurs des lumières et la philosophie politique font du consentement une des bases du contrat social qui lie les individus entre eux, leur permet de tisser des relations et de faire société. Le consentement est le fondement du pouvoir politique puisqu’il lui confère sa légitimité. Nous consentons à mettre une partie de nos libertés -naturelles- de coté pour assurer le bien commun et la préservation d’autres libertés -civiles-. L’idée de contrat sous jacente au consentement se retrouve également sur le plan juridique dans lequel le consentement peut se définir comme le fait de se prononcer en faveur d’un acte juridique ou comme la volonté d’engager sa personne ou ses biens. Cette volonté étant « expresse » lorsqu’elle se manifeste de manière apparente par une déclaration ou par la signature d’un contrat. 

Ces dĂ©finitions empruntant au droit et Ă  la philosophie politique nous permettent de saisir les principes d’engagement et d’accord, impliquĂ©s dans la notion du consentement. Elles ne suffisent cependant pas Ă  apprĂ©hender dans sa globalitĂ©, le consentement sexuel : « en matière de vie sexuelle, le consentement n’est pas un contrat passĂ© avec un Autre par une volontĂ© exprimĂ©e et un accord donnĂ©. Une telle dĂ©finition de l’amour comme contrat conduirait a vider l’expĂ©rience amoureuse de sa valeur. Â». Leguil, Clotilde. CĂ©der n’est pas consentir. Éditions Presse Universiataire de France. 2021. p.167

Continuons donc notre exploration dans l’univers abstrait du consentement. En ouvrant le dictionnaire, nous apprenons qu’il dĂ©signe le fait de se prononcer en faveur de l’accomplissement d’un projet ou d’un acte, il s’agit d’un « acte libre de pensĂ©e par lequel on s’engage entièrement Ă  accepter ou Ă  accomplir quelque chose Â». Si la dĂ©finition parait claire, elle l’est un peu moins si l’on se demande de quel acte il s’agit et de comment s’assurer de la libertĂ© d’un acte.  Il s’agit d’un premier nĹ“ud Ă  dĂ©mĂŞler lorsque l’on parle de consentement sexuel.

Le politologue Bertrand Guillarme rappelle qu’il existe des situations dans lesquelles, en rĂ©alitĂ©, ne pas consentir n’est pas possible pour la simple et bonne raison que « la libertĂ© de choix est contrainte, et qu’aucune autre option n’est en rĂ©alitĂ© envisageable ». Selon cette perspective, peut-on rĂ©ellement parler de consentement ?  Vanessa Springora a t-elle rĂ©ellement consenti lorsque son « oui » est remis en contexte : une jeune adolescente de 14 ans, souffrant d’une grande solitude et d’un manque de figure paternelle (qu’elle confie dans une interview de France Culture) tombe amoureuse de son professeur de 30 ans de plus qu’elle. Une expĂ©rience amoureuse dans laquelle le rapport de domination ne peut etre niĂ©.

Or ce rapport de domination semble aller contre les conditions d’une libertĂ©, sur laquelle le consentement est fondĂ© . Il suppose une Ă©galitĂ© entre les partenaires et des conditions de possibilitĂ© d’un choix. C’est d’ailleurs pour cela que le consentement sexuel est une notion rĂ©cente qui Ă©merge dans les annĂ©es 80. Auparavant, les femmes Ă©taient considĂ©rĂ©es comme des biens appartenant Ă  un homme (le père ou le mari), la question de leur consentement Ă©tait impensable. Le consentement sexuel n’existe donc pas en l’absence de rĂ©ciprocitĂ© et de rĂ©elle libertĂ©. Or cette absence est manifeste lorsqu’il existe un rapport de domination. Vanessa Springora a t-elle ainsi rĂ©ellement consenti ? 

Le consentement Ă©clairĂ© : une illusion ? 

Un petit tour du cotĂ© de la mĂ©decine nous permet de saisir un deuxième noeud du consentement. S’il suppose un rapport d’égalitĂ©, il nĂ©cessite Ă©galement une connaissance de ce Ă  quoi on consent :

 Â«Â Le patient doit mettre par Ă©crit qu’il consent Ă  l’acte mĂ©dical qui lui est proposĂ©. Mais pour que le patient puisse donner son consentement en toute connaissance de cause, il faut qu’il soit informĂ© des bĂ©nĂ©fices attendus et des risques encourus. C’est cet Ă©claircissement donnĂ© au patient qui rend le consentement « Ă©clairĂ© Â» selon, la formule consacrĂ©e. » C’est bien lĂ  que se situe le nĹ“ud : il n’existe pas de consentement Ă©clairĂ©.

Clotilde Leguil nous révèle l’illusion d’un consentement en toute connaissance de cause. L’idée d’un consentement éclairé signifie « consentement issu d’un acte de raison ». Or il n’est pas question de raison quand la magie de la rencontre et l’alchimie des corps nous poussent à dire «oui ». En réalité, on ne sait jamais à quoi on consent lorsque l’on dit « oui » à l’autre. Il existe toujours un mystère. Peut-on, dans ce cas, parler d’un consentement éclairé ? 

« Semble non consentis les actes qui s’accomplissent par violence ou par ignorance Â». – Aristote, Éthique Ă  Nicomaque, 3e partie 1.2. Éditions Flammarion. p131.

Le consentement peut faire peur, il est parfois accompagné d’angoisses et d’inquiétudes. Puisque nous ne savons pas à quoi nous disons « oui » lorsque nous invitons l’élu.e de sa nuit à partager notre lit, nous sommes sans protection. Nous choisissons de faire confiance à l’autre, le consentement en appelle à la croyance d’une rencontre authentique et égalitaire avec un.e partenaire. Il comporte toujours un risque. Il n’y a pas de justification rationnelle, et c’est aussi ce qui fait, selon la philosophe, la beauté du consentement. 

« Je ne m’appartient plus, je suis ailleurs, autre Ă  moi mĂŞme. Je n’éprouve pas tant un accord avec l’autre, qu’un accord avec mon corps, Ă©mu par le corps de l’autre Â». 

Le « oui » du consentement n’est pas fondé sur un savoir mais sur un désir. Nous croyons au désir de l’autre, nous faisons confiance à ce désir et nous nous y en remettons. En reprenant la pensée de Jacques Lacan, Clotilde Leguil nous éclaire un peu plus sur la notion parfois obscure du consentement : « Se préoccuper du consentement de l’autre, c’est accepter de déchiffrer son désir » : écouter et comprendre son propre désir, mais aussi et surtout, le désir de l’autre est-ce la le véritable consentement ? Faudrait-il en réalité passer d’une sexualité consentie à une sexualité désirée ? 

Sources et Références :

Leguil, Clotilde. CĂ©der n’est pas consentir. Éditions Presses Universitaires de France. 2021.

Erner, Guillaume. Vanessa Springora : « Par son statut d’Ă©crivain, Gabriel Matzneff redoublait son entreprise de prĂ©dation par une exploitation littĂ©raire » . France Culture. 03 Janvier 2021. URL : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/affaire-matzneff-pedophilie-et-litterature-vanessa-springora-est-linvitee-des-matins

Gesbert, Olivia. Quand consent-on vraiment ? France Culture. 22 Mars 2021. URL : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/quand-consent-vraiment

Guillarme, Bertrand. « Deux critiques du consentement Â», Raisons politiques, vol. 46, no. 2, 2012, pp. 67-78. URL : https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2012-2-page-67.htm

Jaunait, Alexandre, et FrĂ©dĂ©rique Matonti. « L’enjeu du consentement Â», Raisons politiques, vol. 46, no. 2, 2012, pp. 5-11. URL : https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2012-2-page-5.htm

Serradeil, Romain. « J’avais peur qu’il devienne violent » : le rĂ©cit glaçant de la jeune femme qui accuse Juan Branco de viol. La DĂ©pĂŞche. 02 Mai 2021. URL : https://www.ladepeche.fr/2021/05/02/enquete-pour-viol-contre-lavocat-juan-branco-son-accusatrice-revient-sur-les-faits-9521758.php

L’avocat Juan Branco visĂ© par une enquĂŞte pour viol. Le Monde. 30 Avril 2021. URL : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/30/l-avocat-juan-branco-vise-par-une-enquete-pour-viol_6078680_3224.html

Consentement. Dans Dictionnaire MĂ©dical (en ligne). URL : (https://www.dictionnaire-medical.fr/definitions/673-consentement/

Consentement. Dans Dictionnaire Juridique (en ligne). URL : (https://www.dictionnaire-medical.fr/definitions/673-consentement/

Centre Nationale de Ressources Textuelles et Lexicales. Consentement. Dans CNRTL (en ligne). URL: https://www.cnrtl.fr/definition/consentement

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