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Par Union.fr

Pourquoi l’idĂ©al viril fait « mâle » Ă  la sexualitĂ© des hommes ?

Par | 27 janvier 2021

Dans son ouvrage philosophique « Le mythe de la virilitĂ© – Un piège pour les deux sexes Â» paru en 2017 aux Ă©ditions Robert Lafont, l’universitaire Olivia GazalĂ© s’intĂ©resse Ă  la diffĂ©renciation des sexes Ă  travers le prisme de la masculinitĂ©. Si ce que la philosophe appelle le système viriacal constituerait un instrument de domination des femmes, les hommes en seraient Ă©galement victimes. Parmi les injonctions Ă  la virilitĂ© ? La pression de la performance sexuelle. 

L’impĂ©ratif de virilitĂ© et la construction de l’homme viril 

Si le terme de virilitĂ© dĂ©signe Ă  la fois l’ensemble des attributs physiques de l’homme adulte, la puissance sexuelle masculine ou encore l’ensemble des qualitĂ©s culturellement attribuĂ©es aux hommes, la philosophe en parle comme d’un idĂ©al normatif de ce que doit ĂŞtre un homme, modèle qui intègre ainsi tous les aspects de ce que l’on entend par virilitĂ©. 

Un homme devrait alors ĂŞtre fort, vigoureux, courageux, impassible et sexuellement performant. Son identitĂ© se construirait autour et malgrĂ© cet impĂ©ratif Ă  ĂŞtre « un homme, un vrai Â». Il se devrait en permanence, d’affirmer et de dĂ©montrer sa virilitĂ©. (Pierre Bourdieu, La domination masculine, 1988)

Ainsi, si les femmes ont leurs lots de pressions quant Ă  leur physique, les hommes ne sont pas non plus Ă©pargnĂ©s : le culte du corps et de la beautĂ© masculine remonte Ă  l’AntiquitĂ©, oĂą, Ă  Rome et Ă  Athènes l’harmonie du corps, les proportions idĂ©ales et la musculature sont Ă©rigĂ©es en idĂ©al Ă  atteindre dont Hercule est le parfait exemple. 

Elisabeth Badinter dĂ©crit, dans son essai philosophique « XY De l’identitĂ© masculine Â» paru en 1992, ce modèle masculin qui serait composĂ© de quatre critères de virilitĂ© : 

  • Le rejet du fĂ©minin, ou tout ce qui renvoie Ă  des qualitĂ©s dites « fĂ©minines Â» 
  • La supĂ©rioritĂ©, le pouvoir et l’admiration
  • L’indĂ©pendance Ă©motionnelle, ou le fait de ne compter que sur soi et ne (surtout) pas montrer ses Ă©motions
  • La force, voire la violence pour assoir sa domination sur les autres

Au même titre que les femmes ne sont pas naturellement douces et gracieuses, les qualités que l’on prête aux hommes ne seraient pas totalement innées mais feraient partie d’un idéal construit et intériorisé du fait d’un héritage mythologique, religieux et culturel mais aussi de l’éducation et de la socialisation. 

Tout comme on devient femme, Olivia Gazalé rappelle que la célèbre formule de Simone de Beauvoir est également valable pour désigner la construction de l’homme par la société :

« NaĂ®tre homme est un fait biologique, devenir viril une construction sociale Â»

– Olivia GazalĂ©, Le mythe de la virilitĂ© – Un piège pour les deux sexes, Ă©ditions Robert Lafont, 2017. p. 198. 

Aussi, la performance sexuelle constitue un des versants majeur de cet idĂ©al viril. 

L’impĂ©ratif viril ou la pression de la performance sexuelle 

Complexes liĂ©s Ă  la taille du pĂ©nis, angoisses des troubles Ă©rectiles, crainte de la prĂ©cocitĂ©, exigences quant Ă  la satisfaction de la partenaire : les hommes sont soumis Ă  de multiples pressions relatives Ă  leur sexualitĂ©. Olivia GazalĂ© les dĂ©cortique et dĂ©gage les obligations auxquelles les hommes doivent rĂ©pondre, Ă  savoir, la preuve de la vigueur du membre viril, le devoir de l’érection, l’impĂ©ratif de la pĂ©nĂ©tration et de l’éjaculation. 

La glorification du pĂ©nis n’est pas nouvelle et remonte, elle aussi, Ă  l’antiquitĂ©. Le sexe masculin Ă  longtemps fait l’objet de fascination et de louanges. Selon la philosophe E. Badinter, il serait le signifiant de la diffĂ©renciation des sexes et un instrument de performance. 

Le mot phallus vient d’ailleurs du grec ancien « phallos Â» et dĂ©signe la reprĂ©sentation du membre viril en Ă©rection, emblème de la puissance gĂ©nĂ©sique. Contrairement Ă  pĂ©nis dont l’étymologie latine renvoie Ă  « chose qui pend Â» (pendeo)

Ce dernier serait Ă©galement un outil de domination, Ă  la fois des hommes sur les femmes mais aussi des hommes sur les hommes. Les homosexuels ayant longtemps Ă©tĂ© qualifiĂ©s de « sous hommes Â» car pĂ©nĂ©trĂ©s par l’organe gĂ©nital masculin. La focalisation et la glorification du pĂ©nis en auraient fait le centre de l’érotisme masculin autour duquel le garçon construirait son identitĂ©. Ce lien entre phallus, virilitĂ© et identitĂ© masculine serait ainsi Ă  l’origine d’insĂ©curitĂ©s, de complexes et de fragilitĂ©.

« Plus le membre viril est investi du pouvoir de faire l’homme, plus il le rend vulnĂ©rable. Â»Ibid p.270 

Image : Getty Image

Cette adulation du pĂ©nis, le journaliste Thomas Messias en parle dans l’excellent podcast de slate.fr , « Mansplaining Â» qui dĂ©cortique les masculinitĂ©s au travers de faits d’actualitĂ© et d’œuvres culturelles. Il rappelle que la taille du pĂ©nis constitue une obsession pour beaucoup d’hommes : «  Un petit pĂ©nis c’est disgracieux et ça ne fait pas viril Â», Ă  tel point que certains consultent mĂ©decins et chirurgiens pour un agrandissement du pĂ©nis. (Mansplaining episode 41 – Petit pĂ©nis, le gros complexe des hommes cis).

ĂŠtre dotĂ© d’un phallus ne suffit cependant pas Ă  « ĂŞtre un homme Â», encore faut-il que celui-ci entre en Ă©rection. Elle serait l’expression incontestable de la puissance masculine et les troubles Ă©rectiles, qu’auraient dĂ©jĂ  rencontrĂ© 6 hommes sur 10 en France, reviendraient Ă  une perte de virilitĂ©. Ne parle t-on d’ailleurs pas d’impuissance pour qualifier les problèmes d’érection ? 

Le caractère parfois incontrôlable de l’érection rend les hommes incapables de la maîtriser parfaitement, ce qui est tout à fait normal rappelons-le. Or la sur-valorisation de celle-ci,  l’injonction à bander et la stigmatisation des problèmes érectiles sont, encore une fois, sources de mal-être et d’inquiétudes. 

Image : Getty Image

Avoir un phallus dressĂ©, raide, puissant, performant pourquoi faire ? PĂ©nĂ©trer (la femme) bien-sĂ»r. Aux deux impĂ©ratifs mentionnĂ©s prĂ©cĂ©demment se rajoute celui de la pĂ©nĂ©tration du sexe fĂ©minin, symbole de prise et de domination sur la femme et, Ă©videmment, emblème de virilitĂ© (toujours celle-la). La pression du rapport sexuel et les attentes de la sociĂ©tĂ© sur la sexualitĂ© masculine amèneraient d’ailleurs certains hommes Ă  ne pas refuser un rapport sexuel dont il n’ont pas envie. 

Cette obligation peut Ă©galement s’expliquer par la condamnation de l’onanisme par la Genèse qui a longtemps imposĂ© le devoir de reproduction. Le sperme ayant Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme un liquide prĂ©cieux, source d’énergie ne devait ainsi pas ĂŞtre « gâchĂ© Â» par des pratiques telles que la masturbation (ou la fellation).

Cependant, l’idĂ©e de retarder l’éjaculation et de « durer Â» est relativement rĂ©cente. Elle est arrivĂ©e avec la philosophie de l’harmonie des jouissances au 19e siècle et a Ă©tĂ© renforcĂ©e au siècle suivant. En plus de devoir contrĂ´ler son corps, son membre et ses fluides, voilĂ  que l’homme doit maintenant conserver le plus longtemps possible son Ă©rection et retenir au maximum son Ă©jaculation afin de faire jouir la femme. Il doit prouver qu’il est capable de maĂ®triser et de dĂ©clencher l’orgasme fĂ©minin. Cela le contraint, une fois encore, Ă  l’obligation de la performance sexuelle. Selon un sondage de l’IPSOS, 43% des Français craignent de pas rĂ©pondre aux attentes sexuelles de leur partenaire. De la pression, encore de la pression, toujours de la pression. 

Quand on sait que celle-ci est contre-productive pour avoir une sexualité épanouie, nous avons tout intérêt, hommes comme femmes, à revoir nos idéaux « virils » et à explorer de nouvelles formes de masculinités.

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