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Par Union.fr

Chemsexe : « Quand on a goĂ»tĂ© Ă  une intensitĂ© pareille, ça peut concerner tout le monde. » – Entretien avec Johann Zarca

Par | 6 mars 2021

Le 17 fĂ©vrier dernier, l’auteur Johann Zarca publie son dernier roman « Chems » entre fiction et rĂ©alitĂ©, nous suivons les pĂ©ripĂ©ties de Zède, journaliste enquĂŞtant sur le phĂ©nomène du chemsexe. FascinĂ© par cet univers, il bascule progressivement dans les travers de cette pratique mĂŞlant sexualitĂ© intense et drogues de synthèse.

Ancien consommateur, l’Ă©crivain spĂ©cialiste des milieux underground nous parle du chemsexe, des addictions et de son expĂ©rience.

Sexe en France : Pourquoi avoir mis ce sujet sur la table ? 

Johann Zarca : Je pense en rĂ©alitĂ© que ça dĂ©coule d’un processus. Ce n’est pas venu d’un coup, j’ai Ă©tĂ© directement touchĂ© par le chemsex, je ne suis pas le narrateur de Chems mais je m’en rapproche. J’ai consommĂ© ces produits et ça m’a affectĂ©. J’ai dĂ©couvert ce microcosme Ă  travers le personnage qui a inspirĂ© Dumont, un travailleur du sexe. J’ai passĂ© beaucoup de temps avec un consommateur, j’ai assistĂ© aux partouzes, aux plans fist, Ă  la conso. Je me suis retrouvĂ© immergĂ© dans cet univers, surtout en tant qu’observateur. J’ai trouvĂ© que c’était un milieu de dingue. C’était il y a quelques annĂ©es et le chemsex n’avait pas pris l’ampleur qu’il a aujourd’hui. Presque tous mes livres traitent du sexe et des drogues, ce sont des thĂ©matiques qui me touchent directement, les obsessions, les addictions, les compulsions etc. 

Sexe en France : Vous avez donc dĂ©cidĂ© d’en faire un livre ? 

Johann Zarca : D’un point de vu litteraire c’était un matériau de fond fascinant. Entre temps j’ai vu de plus en plus de gens tomber dans le Chemsex, on a commencé à en parler dans les médias et c’était comme une évidence, c’était logique que j’aborde ce sujet la après Paname Underground et Le boss de Boulogne dans lesquels on retrouve les même thématiques. J’ai une vraie fascination pour les univers en marge, je ne saurais pas l’expliquer, ces mondes me sautent à la gueule. Je ne choisis pas ces thématiques pour le coté raccoleur. Je suis tout le temps sur des personnages qui perdent leur combat contre leur corps. Leur pulsions, leur obsessions sont toujours plus fortes qu’eux. C’est un peu le combat de ma vie, donc fatalement je me dirige vers ce type de sujet. 

Sexe en France : Comment expliquez vous cette portée médiatique pour ce phénomène dont on entendais peu parler ?

Johann Zarca : Je pense que ça n’est pas si marginal, c’est plus qu’un épiphénomène. La pratique s’est généralisée, elle commence à s’ouvrir aux milieux hétérosexuels. On en parle plus dans la communauté gay, par ce que ce sont en majorité les associations LGBT qui on pris en charge ce problème. 

De plus, c’est un sujet qui a été traité dans le milieu artistique, des pièces de théâtre, des films et des documentaires ont été produits. Puis avec mon livre, c’est la première fiction autour de cet univers. Tous ces éléments ont, je pense, porté la lumière sur un sujet dont on entendais pas parler. 

Sexe en France : Le chemsexe est liĂ© aux milieux homosexuels, vous comparez ce phĂ©nomène Ă  la vague de Sida des annĂ©es 80, pourquoi ? 

Johann Zarca : Je n’ai pas Ă©tait le seul Ă  faire cette corrĂ©lation. On parle de «SIDA numĂ©ro 2» par ce qu’au dĂ©but la maladie touchait la communautĂ© gay et d’un coup, on s’est aperçu que ce n’Ă©tait pas une problĂ©matique liĂ©e uniquement aux sphères homosexuelles : le SIDA concernait aussi les heteros.

Le chemsex c’est un peu la même chose, tant que c’est cantonné aux milieux gays on  ne s’y intéresse pas beaucoup. Et puis d’un coup la pratique se répand chez les hétéros et on en parle. Avant le fléau c’était le Sida, aujourd’hui c’est le chemsexe. Il y a plus de morts par overdose que de mort à cause du VIH en France. Des overdoses, des gens qui partent en cure, il y en a tout les mois si ce n’est toutes les semaines.

Sexe en France : Zède est hetero, c’était pour casser l’image d’une pratique exclusivement réservée aux sphères homosexuelles ?

Johann Zarca : Alors non pour le coup ce n’était pas autant rĂ©flĂ©chi, il n’y avait pas de stratĂ©gie. Il me fallait un narrateur proche de moi, ça me permet de le rendre plus crĂ©dible. Zède ce n’est pas moi, mais on partage des traits communs. Cela me permet d’apporter une authenticitĂ©. La trame de Chems se rapproche de mon histoire sans pour autant ĂŞtre une biographie. 

Sexe en France : Cette pratique pourrait-elle tout.e.s nous concerner ? 

Johann Zarca : Le chemsex est une pratique intense et on est dans une société de l’intensité. Or, dans le chemsex, on est vraiment dans la jouissance multipliée par 20. Donc oui je pense que tout le monde peut être à risque et peut être touché par ce phénomène. Quand on a goûté à une intensité pareille, ça peut tous nous concerner.

Sexe en France : Chems, vous l’avez Ă©crit dans un but de prĂ©vention ? 

Johann Zarca : Au dĂ©but, non. Il y a eu une fascination de dĂ©part, ça m’a touchĂ© personnellement dans mes problĂ©matiques individuelles, puis c’est devenu un phĂ©nomène. Il n’y avait aucune logique de prĂ©vention derrière. 

Certains lecteurs sont fascinés, d’autres ont envie de tester une fois, certains le prennent effectivement comme de la prévention radicale mais on peut aussi le percevoir comme de l’apologie : je parle des produits, j’explique comment ça fonctionne. Moi je l’écrit de manière brute et les lecteurs font ce qu’ils veulent de l’histoire. C’était ma position au moment où je l’ai écrit. 

Aujourd’hui, je le vois  beaucoup plus de manière prĂ©ventive. Je me dis que c’est un peu trop facile de se planquer derrière la fiction et de se dire « je m’en fiche faites ce que vous voulez Â»,. 

Il y a Ă©normĂ©ment de risques : les overdoses, les dĂ©gâts psychiques, l’isolement, la paranoĂŻa, le manque de protection qui augmentent le risque de choper des IST et ça plombe la sexualitĂ©. Quant on vĂ©cu ces orgasmes dĂ©multipliĂ©s, ce niveau de kiff, cette jouissance extrĂŞme, le coĂŻt sans produits, avec une seule personne parait fade. Il faut un temps pour retrouver une vie sexuelle normale,  ça dĂ©glingue tellement la sexualitĂ© on est obligĂ© de se rĂ©-Ă©duquer, parfois ça peut prendre des annĂ©es. Mais on peut retrouver sa sexualitĂ©.

Au dĂ©but, je parlais de phĂ©nomène aujourd’hui je parlerais du chemsex comme d’un flĂ©au. 

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